gestalt
medecine medecine
hypnose
hypnose
hypnose
hypnose

 

 



annuaires formation hypnose blog recherchez

 

 
 
 

 


 

QU'EST-CE QUE LA GESTALT-THÉRAPIE ?

 

 

2) Concepts fondamentaux

La Gestalt-thérapie me semble reposer sur trois idées fortes : notre posture est dialogale, herméneutique et centrée sur le processus. Ce trépied donne à la Gestalt son assise, son originalité et sa pertinence.

a) Un modèle dialogal

Dans un livre publié en 1923, le philosophe Martin Buber  oppose deux couples de mots, qu'il appelle des "mots principes", Je-Tu et Je-Cela, et qui sont deux manières d'être au monde et surtout d'être en relation. Je ne développe ici que ce qui concerne la relation d'aide :

Le modèle médical nous propose une relation Je-Cela. Le médecin (Je) observe la maladie (Cela) qui se manifeste par des symptômes. Son art consiste à poser le bon diagnostic. Ensuite, rédiger l'ordonnance est facile, du moins si le diagnostic est juste ; le médicament est alors chargé de combattre la maladie. La seule responsabilité du malade est d'aller consulter, puis de suivre l'ordonnance. La médecine traditionnelle est bâtie sur ce modèle scientifique. Le médicament et le "microbe" tiennent le devant de la scène.

Dans la relation Je-Tu, deux êtres différents, un professionnel et un client, établissent un contact dialogal et c'est cette relation qui est soignante. "Au commencement est la relation", écrit Buber. Le symptôme est alors considéré comme un langage, comme un appel, comme une difficulté de relation qui empêche la personne de développer tout son potentiel.

Perls a été inspiré par cette idée forte qu'il a appliquée à la thérapie. Sa femme Laura a d'ailleurs été une élève de Buber à Vienne. On parle alors d'une thérapie dialogale et c'est le trait d'union du Je-Tu qui est en lumière.

Ce modèle du Je-Tu est un idéal vers lequel nous tendons et qui se met en place progressivement. En effet, notre société est imprégnée de modèle Je-Cela et un patient s'appuie sur ce fonctionnement en début de thérapie : "Dites-moi ce que je dois faire ? ". Nous devons donc nous adapter, entrer dans son attente, suffisamment mais pas trop, pour qu'une confiance s'établisse (ce que nous appelons "l'alliance thérapeutique") et que le modèle dialogal puisse s'établir. Cela prend du temps et peut passer par des périodes de fragilité.

Paul, par exemple, est en thérapie individuelle avec moi depuis plus d'une année, lorsqu'il me demande de le tutoyer. Je m'y essaye pendant quelques phrases, pour remarquer rapidement que, lui, continue spontanément à me vouvoyer. Nous en parlons quelque peu et il se découvre une gigantesque colère contre les contraintes sociales dont il n'arrive pas à se libérer.

L'alliance thérapeutique en Gestalt suppose que le client vive son thérapeute comme lui apportant de l'aide et du soutien (alliance affective), et que s'instaure un climat de coopération, c'est-à-dire que client et thérapeute aient le sentiment d'un travail en commun (alliance de travail). Et, comme l'affirme Buber, "Une fois passé le temps de la rencontre, l'homme n'en sort pas tel qu'il est entré".

b) Une démarche herméneutique

Lorsque l'on m'interroge sur mon choix de la Gestalt par rapport à d'autres courants que j'ai pu expérimenter, je cite toujours ce qualificatif d'herméneutique comme fondateur de ma motivation.

Que veut dire ce mot ? En grec ancien, il pourrait se traduire par "faire comprendre". Il a été utilisé dans l'Encyclopédie de Diderot (1747) pour désigner l'art de découvrir le sens exact d'un texte . L'herméneutique moderne insiste sur l'idée que l'étude d'un même texte peut apporter une multiplicité de sens et d'interprétations : c'est la polysémie.

La Gestalt est herméneutique car elle ne prétend pas donner une interprétation unique à un événement. Nous revenons aux apports de Martin Buber : il n'y a pas un professionnel chargé de donner du sens aux matériaux apportés par le client. C'est de la recherche dialogale que va surgir lentement la figure, c'est-à-dire la signification de ce que le client travaille en thérapie. En début de séance, cette forme est ignorée des deux partenaires . Elle apparaît peu à peu, comme les photos noir et blanc qu'adolescent, je plongeais dans le révélateur.

Le Gestaltiste est donc différent d'autres professionnels "supposés savoir" et dont les interprétations ont pour but d'aider le "patient" à mieux comprendre son cheminement. Cette posture étonne souvent les nouveaux clients qui, par leurs questions un peu naïves ("Dites-moi ce que cela veut dire ? "), souhaitent que nous leur apportions un diagnostic et une solution toute faite à leur difficulté.

Perls aimait répéter que pour lui, toute interprétation est une faute thérapeutique, et qu'il est important d'attendre que la figure émerge par elle-même !

Lorsque j'explique cette notion fondamentale à des futurs professionnels, une question m'arrive toujours : "Mais alors, ce même client aurait pu trouver, avec un autre thérapeute, un autre sens à sa difficulté  ? ". Ma réponse est positive et je trouve cela très rassurant : c'est la richesse de la polysémie.

Ainsi, pour Paul, les interprétations auraient pu être multiples : s'agissait-il d'un transfert d'une autorité paternelle sur moi ? du souvenir d'un traumatisme qui nécessitait ma mise à distance ? Ma mise en lumière de cette colère contre les contraintes de la société l'a surpris autant que moi

c) Une focalisation sur le processus

Certaines formes de thérapie sont centrées sur le pourquoi et recherchent l'origine du traumatisme. Ce sont des "thérapies de l'amont" : le cri primal ou le rebirth cherchent à retrouver le traumatisme supposé de la naissance, la thérapie reichienne dénoue les nuds de la cuirasse musculaire, pour retrouver la souffrance refoulée, inscrite dans le corps.

D'autres courants sont des "thérapies de l'aval" : en laissant de côté les origines de nos blocages, ces thérapies cherchent à libérer le comportement, à "déboucher la rivière" et "nettoyer les berges", pour lui permettre de couler plus librement. Les thérapies comportementales utilisent cette stratégie.

En poursuivant la métaphore, la Gestalt est une "thérapie du courant" : ce qui est important est le débit de la rivière, c'est-à-dire le comment elle coule (calme, en crue, etc.), plutôt que le pourquoi. Nous cherchons à remobiliser ce que l'histoire, l'éducation ou un traumatisme, a figé dans notre psychisme, comme un rocher dans la rivière. Cette focalisation sur le processus (qui signifie progrès, marche en avant, en latin ), se retrouve dans le vocabulaire gestaltiste, dont j'aime les consonances dynamiques : la frontière-contact, une Gestalt inachevée, les ruptures du contact.

En termes de processus, la Gestalt-thérapie modifie l'axe du temps : la difficulté est regardée dans le cadre de l'ici et maintenant. C'est là une idée forte, développée par Perls : il est impossible de revivre le traumatisme originel, qui a été modifié par le souvenir. Ce qui est actuel, c'est que la personne vit depuis plusieurs années avec cette blessure ; l'émotion émerge dans le présent, même si elle s'enracine dans le passé.

Lorsque Paul me parle de son père, je l'invite à ne plus "raconter son enfance", ce qu'il a déjà répété de multiples fois, mais à s'adresser directement à son père, en lui parlant au présent : "Papa, je t'en veux car"

Perls insiste également sur le "maintenant et comment" , pour mettre en lumière le processus en cours. Il n'est pas indispensable de reconstituer en détail l'histoire du sujet, car c'est aujourd'hui que s'actualise le conflit, en particulier dans le corps et l'émotion. En associant la phénoménologie, c'est-à-dire l'unicité de son expérience et l'ici et maintenant, le client découvre sa richesse existentielle.

Quel mot expressif que ce "maintenant" ! Il vient de manu tenendo, c'est-à-dire "pendant que la main le tient" . Le présent de ma vie, c'est ce sur quoi j'ai prise : mon passé est irrémédiablement vécu, mon inconscient est enfoui, mon futur est incertain.

Le Gestaltiste met l'accent sur la prise de conscience ; il ne nie pas les mécanismes inconscients, mais s'intéresse à la manière dont le sujet rejette certains éléments hors de sa conscience ou comment ces éléments viennent teinter sa vision du monde. Le processus est plus significatif que le contenu spécifique du matériel refoulé.

Ainsi, lorsque Paul s'adresse à son père, je suis attentif à ses mains qui se crispent, à sa voix qui s'altère, à sa respiration qui se bloque.

3) Repères théoriques

a) La théorie du self

La vigilance du Gestalt-thérapeute au processus qui se déroule ici et maintenant est étayée par la théorie du self. Le self est notre manière d'être au monde, notre "processus de contact en action". C'est donc une entité impalpable, que l'on ne peut figer pour l'étudier. Nous pouvons observer son intensité, le "comment" de nos échanges et notre capacité d'ajustement à notre environnement, la répétition de situations. Ce sont les perturbations des fonctions du self qui sont l'objet de la thérapie.

Il n'y a pas d'organisme sans environnement : il est fondamental de comprendre le caractère indissociable de cette unité organisme-environnement, que nous appelons le champ. La Gestalt étudie tous les phénomènes de contact qui se créent (ou ne se créent pas) dans ce champ.

Par exemple, le cycle du contact décrit les étapes que nous suivons généralement lorsque nous entrons en relation avec une personne, avec un besoin, avec une émotion. Il s'agit du cycle de contact-retrait, c'est-à-dire de la manière dont un besoin émerge à notre conscience, se développe, trouve satisfaction puis s'estompe, pour laisser place à un nouveau besoin ; c'est du moins le déroulement idéal.

Le thérapeute est attentif au déroulement de ces étapes de satisfaction des besoins et en repère les blocages, les arrêts, les répétitions, les sauts. Dans la pratique, de nombreuses figures de contact sont insatisfaisantes. Le plus souvent, cette "Gestalt inachevée" est assimilable, car elle n'apporte pas de frustration intolérable. Mais parfois une Gestalt avortée, c'est-à-dire un cycle dont nous n'avons pu vivre l'achèvement, reste comme une blessure ouverte et bloque notre énergie, nous empêchant de laisser libre cours à l'homéostasie, c'est-à-dire le retour à une forme d'équilibre.

C'est la répétition des perturbations du déroulement du cycle qui doit attirer notre attention. Perls définit le névrosé comme "une personne qui s'adonne d'une façon chronique à l'auto-interruption" .

Ce cycle du contact ne doit pas être étudié uniquement en termes de satisfaction de besoin, mais plutôt comme une manière d'être en interaction avec le monde, en particulier avec autrui. Nous passons donc d'une approche intra-psychique, à une recherche inter-psychique qui prend en compte l'environnement : c'est à nouveau la théorie du champ. Cette démarche dialogale et phénoménologique colore notre conception de la psychopathologie.

Paul a tellement intégré que notre comportement social doit répondre à des normes et à des règles de bienséance qu'il est en difficulté dans ses relations affectives. C'est tout juste s'il ne me demande pas "ce qu'il faut faire", en particulier avec les femmes. Ses partenaires féminines le trouvent trop rigide et se lassent. C'est en revivant, en séance de thérapie, chacune de ces rencontres, en développant sa créativité, en osant être avec moi plus spontané, que Paul a dépassé peu à peu ses inhibitions.

Après une année de travail en individuel, il décide de continuer en groupe, ce qui lui permet de continuer son travail sur l'acceptation des autres.

b) La psychopathologie gestaltiste

La conception de la santé et de la pathologie gestaltiste me semble foncièrement phénoménologique , à savoir que ce n'est pas la vérité de ma situation qui est importante, mais l'écho en moi de cette situation. C'est ma prise de conscience d'un événement qui lui donne du sens ; je ne découvre pas le monde, mais mon monde.

La notion de bonne santé est à la fois physique, psychologique et culturelle. La psychopathologie gestaltiste n'est pas uniquement "nosologique" , c'est-à-dire orientée vers le repérage d'une maladie ou d'un symptôme, mais relationnelle, temporelle et contextuelle, comme je vais tenter de l'expliquer :

relationnelle car un individu n'est jamais porteur d'une souffrance à lui tout seul. Cette souffrance apparaît dans un certain type de rapport avec autrui.

temporelle et contextuelle, c'est-à-dire que notre manière d'être au monde varie selon le moment et selon l'environnement.

Cette vision de l'homme est fidèle à la notion de champ. Nous regardons donc la psychopathologie comme une rigidité qui bloque le processus de croissance et d'adaptation à un environnement en perpétuelle mutation.

Cette conception donne au thérapeute plusieurs obligations : une thérapie personnelle approfondie, afin d'avoir "visité" ses propres zones d'ombre et de lumière, une formation solide pour acquérir des repères théoriques, une supervision régulière auprès d'un pair plus expérimenté, afin de "déblayer régulièrement" ce qui lui appartient et pourrait encombrer la relation, et enfin l'adhésion à un code de déontologie solide, garant du cadre de la thérapie.

suite

 

 

Abonnement GRATUIT la News Letter
E-Mail :
Nom (optionnel) :
Inscription




 

Accueil | Annuaires | Centres de Formation | Bibliographie | Editoriaux | Email | Netiquette | Forum | News Letter | Moteur de Recherche | Liens |
S'inscrire dans nos annuaires
@
copyright sophrologie.com copyright medecines-douces.com 1998 -