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Thérapie
de l'alcoolisme féminin :
Que sais-je ? Qui suis-je ? Ou le désir d'être un autre
Dans
mon dernier article sur les drogues dures comme
l'héroïne, je notais que de tout
temps les hommes et les femmes ont eu recours
pour diverses raisons aux stimulants : Alcool,
Aphrodisiaques, Drogues, Médicaments,
Cocktails Multiformes et Fantasmatiques les
plus Complexes.
De ce quintette infernal le plus ancien est alcool,
le sang de la vigne.
L'alcool sera donc le sujet de mon article.
En effet, l'alcoolisme féminin existe
bel et bien de nos jours et touche toutes les
couches de la population, sans distinction de
classe.
C'est à partir d'une étude de
cas que je fonde mes propres observations :
Pourquoi devient-on alcoolique ?
Quel objet substitutif représente-t-il
?
Serait-ce une fidélité accolée
à la boisson en un enlacement indestructible
et mortel ?
Ou bien, l'acte de boire tiendrait-il lieu d'épreuve
de la réalité ?
C'est tout le problème de la relation
entre décharge motrice et satisfaction
hallucinatoire,
la grande problématique chez l'alcoolique
dépendant étant une trop grande
différence de symbolisation de la vie
vécue et de la vie fantasmatique.
L'alcool-objet ( mère-père) euphorisant
donne, pour quelque instant, l'internet endorphisant
de l'autoroute des neurones de l'information.
L'alcool chasseur et
chassant l'angoisse.
L'alcool fuite, alcool dopant, alcool suicide.
Cette maladie ressemble donc à une attitude
de refuge dans la satisfaction objet-alcool
par le clivage du moi chez certains malades.
Mais le caractère essentiel de l'alcoolisme
féminin est d'être un alcoolisme
caché. Cette clandestinité referme
le cercle vicieux de l'abandon et de la solitude
secrète de l'âme. Les agents stresseurs
sont partout ; ce que cherche l'alcoolique,
par tous les moyens et surtout sans demander
de l'aide et dans un temps record, c'est diminuer
ses stress qui deviennent insupportables. Il
est certain qu'il veut faire baisser le spectre
de la mémoire immédiate et ne
plus penser. La malade cherche à dormir
sans faire aucun rêve, et surtout dormir
le plus longtemps possible croyant qu'au réveil
le monde sera différent, qu'elle sera
enfin libre de penser sans stress, sans aucune
anxiété, retrouvant son narcissisme,
et faisant disparaître sa dépression,
retrouvant ainsi les mécanismes de défenses
contre le désir de mourir et les traumatismes
infantiles.
Pour moi l'alcoolique féminin est une
déprimée, présentant une
dépression avec perte d'objet, manifestant
une souffrance mentale infinie qui aboutit à
la faillite du comportement psychologique.
C'est la naissance de la descente dans l'obscurité
de la névrose alcoolique qui laisse une
sensation d'inachèvement, de morcellement
même. Les interrogations, les embarras,
les contradictions les plus fécondes
ressemblent à un véritable défi
à la mort lente.
L'alcoolisme est une maladie de dépendance
de l'être au néant. Cette drogue
psychotrope la plus vieille du monde devient
donc un moyen très facile d'échapper
momentanément à l'angoisse existentielle
:
qui suis-je ?
Clin
d'oeil à la mythologie : évocation
de la divinité du vin et de l'ivresse.
La version la plus connue de la naissance de
Dionysos est la suivante:
Elle raconte comment Zeus, sous l'apparence
d'un mortel, séduisit Sémélé,
la fille de Cadmos, fondateur de Thèbes.
Lorsque la femme de Zeus, Héra, apprit
que Sémélé était
enceinte, elle prit la forme de la vieille nourrice
de Sémélé, Béroé
et sous ce déguisement, elle fit avouer
à Sémélé le nom
de son amant, mais lorsqu'elle entendit le nom
de Zeus , elle s'esclaffa et refusa de croire
à cette absurdité, à moins
que Sémélé ne le prouvât,
en persuadant le Dieu d'apparaître sous
sa vraie forme.
Aussi Sémélé fit promettre
à Zeus de lui accorder une faveur exceptionnelle,
et quand celui-ci lui demanda quel était
son désir, elle le pria de se montrer
dans toute sa puissance, et sous sa forme véridique.
Zeus dut s'exécuter, mais Sémélé
aveuglée par sa clarté, se consuma
entièrement.
Avant qu'elle n'expirât, Zeus délivra
son divin enfant qu'elle portait dans son ventre.
Zeus premier " Père-porteur "
de la science, fit une entaille dans sa cuisse
droite, y plaça l'enfant et referma la
cavité.
Deux mois plus tard, il s'ouvrit de nouveau
et donna naissance à Dionysos (dieu du
vin) ou dieu divin.
Vous
voilà arrivés au seuil de notre
débat : Quelle drogue ? Quelle mère
? Quel père ? Que sais-je ? Pourquoi
suis-je si faible ? Qui suis-je vraiment ?
L'alcoolique
est un nourrisson qui recherche le sein ou le
lait de sa mère en changeant l'objet
de forme et de couleur, en cherchant quelque
chose de plus fort pour calmer dans sa souffrance,
sa propre relation d'angoisse existentielle
comme pour se retrouver en relaxation générale
dans le ventre de sa mère, sans angoisse,
sans peur, et surtout sans rien décider.
L'alcoolique se réfugie dans l'inhibition
de l'action, qui le caractérise, démesure
totale dans cette maladie sans limite.
En général, chaque homme et chaque
femme tendent à une seule chose, être
heureux et le demeurer le plus longtemps possible.
En effet, le principe de plaisir détermine
le but de la vie et gouverne dès l'origine
les opérations de l'appareil psychique.
L'alcool
thérapeutique de Freud s'appuie sur l'idée que les malades
qui sont sujets aux crises maniaques font disparaître
leurs affects douloureux par la capacité
qu'ils ont d'une production endogène
d'euphorie.
Il pense que le névrosé alcoolique
qui se réfugie dans la boisson tente
de compenser aussi la capacité endogène
de produire de l'euphorie qui lui fait surtout
défaut.
L'alcool n'est pas à proprement parler
à l'origine du symptôme, mais favorise
seulement le surgissement d'un complexe déjà
existant et fortement accentué sur le
plan affectif.
Pour Hans Sachs la névrose interdit la jouissance et
met à sa place un symptôme alors
que la perversion s'accorde consciemment une
jouissance qui est perverse par suite de la
déviation d'une partie arrivée
à un stade déjà très
élaboré.
Malheureusement, l'alcoolisme est un film à
petit budget, médiocre, en noir et blanc.
Dans ce film "Art et Décès"
l'alcoolique cherche un passé dans un
présent sous drogue, à la recherche
d'un temps perdu.
A qui la faute ? Comment soigner cette population
de femmes difficiles ?
La
thérapie doit se faire à trois
: Le psy, La malade et L'autre alcoolique.
Jadis les grandes cheminées d'antan,
il y avait presque toujours une marmite à
trois pieds en fonte de couleur noire:
- le premier pied représente pour moi
le registre affectif ;
- le deuxième pied représente
le registre sexuel ;
- le troisième pied le registre social
et professionnel.
Aucun de ces trois pieds n'est dramatique en
soi mais il peut déstabiliser l'équilibre
de la pyramide psychique totale de ce patient.
Comme je le rappelle en introduction, la grande
problématique chez l'alcoolique dépendant
est une trop grande différence entre
le réel et l'imaginaire. Les mères
des femmes alcooliques sont des femmes souvent
déprimées, fragiles, absentes
ou mortes.
La terreur de l'abandon de la mère pousse
l'autre sujet, l'enfant, à vivre dans
la crainte et la peur de la mort constante,
de l'abandonnite aiguë, qui est pour moi
la raison fondamentale de ce refuge dangereux
que représente la dépendance "liquide"
à cette drogue en vente libre.
Les
agents stresseurs sont partout dans le corps
et dans le cerveau, que la femme malade alcoolique
ne cesse de chercher. Désespérément,
elle cherche à ne plus souffrir, à
diminuer très vite ce stress destructeur,
miroir de la mort. Elle ne veut plus penser,
elle cherche à s'endormir le plus vite
possible, croyant qu'au réveil, 16 heures
après un long voyage, invitée
par le "marchand de sable spiritueux",
elle se réveillera sans mémoire
du passé, mémoire qui la ronge
de l'intérieur et la détruit lentement
aussi de l'extérieur. Dans cette dépression
proche de la mélancolie, il faudra en
sophrologie stimuler ces patients plutôt
que d'essayer de faire baisser le tonus et la
stimulation, comme le font 95% des sophrologues
pensant bien faire.
A ce sujet, je vous conseille de lire le livre
de Mme Anne-Marie Raymond, sophrologue, qui
explique de façon très claire,
ces techniques de relaxation sophronique révolutionnaires
pour les caycédiens orthodoxes.
L'alcool envahit peu à peu l'existence
de la malade. La mort rôde sans cesse
dans les séances, avec un désir
violent d'autodestruction lent, mais certain,
accompagné d'une attitude d'échec
compulsive, hyper-négative, où
le thérapeute doit parler au côté
de son être (à la patiente), de
son côté du cerveau qui n'imprime
plus les messages.
En
sophrothérapie, nous injectons du langage
maternel vivant.
L'alcoolisme
est un film destructeur à bon marché,
sans fil conducteur et beaucoup trop long, où
les acteurs silencieux, abasourdis, répétent
inlassablement un texte incompris. La lourdeur
des décors augmente l'angoisse, et les
images accablent le déroulement de ce
long métrage, pâle copie des chefs-d'oeuvre
d'Hitchcock, sans présent ni futur et
surtout sans avenir possible.
Alors, comment soigner cette population de femmes
difficiles dans ce film hitchcockien où
Les 39 marches semblent impossibles à
gravir. Pourtant, nominé au festival
de Cannes, il recevra sans aucun doute la Palme
d'or du film le plus sordide. Couronnement de
l'incohérence des dialogues sous anesthésie
alcoolique complète, où tout se
brouille, s'emmêle et s'entrecroise dans
le ridicule et le néant d'un chemin qui
mène nulle part.
Dans l'anxiété névrotique,
si l'on privilégie le modèle extensif
des troubles anxieux, l'attaque panique, le
trouble obsessionnel compulsif et l'état
de stress post-traumatique, sont donc des catégories
regroupant les troubles anxieux que l'on retrouve
chez certaines de nos patientes alcooliques
flirtant à la limite de l'anxiété
psychotique, marquée quant à elle
par son intensité et sa brutalité,
le passage à l'acte par auto-agressivité,
mutilation suicidaire, est alors possible dans
l'alcool.
Qui suis-je ? Que sais-je ? Le désir
d'être un autre ou une autre femme, qui
me ressemble, qui m'aime et me comprend. Le
thérapeute sophrologue doit parler à
ce monde-là, celui que l'on ne peut comprendre
simplement. A l'écoute du patient, le
sophrologue doit décrypter les mots et
les paroles de cette femme qui souffre intérieurement
et bascule lentement vers son remède
pour tenter de résoudre un conflit trop
intense.
Qui suis-je vraiment ?
Je suis une femme ne pouvant accepter la routine,
ayant besoin de changement, de prendre des chemins
nouveaux pour me trouver face à moi-même,
me surpasser. Réfléchie et rigoureuse
face à mes responsabilités, je
vis la vie comme une épreuve sachant
porter un regard neuf sur l'existence. Dotée
d'une profonde sensibilité, avec une
acuité et un imaginaire des plus féconds,
je suis passionnée et m'intéresse
à divers domaines. Anticonformiste et
généreuse, sachant être
la meilleure des épouses et des mères,
je me donne une très grande liberté.
Féconde et créative, je possède
une perception des sens exceptionnelles.
Femme intéressante croyez-vous ! Il y
a cependant, une face cachée de mon être,
celle que je vis en toute clandestinité
: je suis dépendante et fidèle
à l'alcool !
Voilà
la radioscopie de ce personnage complexe aux
multiples facettes à qui nous devons
tendre la main.
La
cure de sophrothérapie, ne pourra se
dérouler normalement que sur le principe
de base indispensable de la reconnaissance par
la malade de son intoxication, plaidant pour
une réelle implication avec un désir
fort de mettre fin à son comportement
suicidaire, le sophrologue quant à lui
dans ce drame du sujet alcoolique, devra combler
le manque de référence aux structures
paternelles oedipiennes, une problématique
maternelle du contact, de la séparation.
Résumé
: Le caractère essentiel de l'alcoolisme
féminin est d'être un alcoolisme
caché. Cette clandestinité referme
le cercle vicieux de la solitude et de l'abandon.
C'est la naissance de la descente dans l'obscurité
de la névrose alcoolique qui laisse une
sensation d'inachèvement, de morcellement
même. Les interrogations, les embarras,
les contradictions les plus fécondes
ressemblent à un véritable défi
à la mort. L'alcoolisme est une maladie
de dépendance de l'être au néant.
Cette drogue psychotrope, la plus vieille du
monde, devient un moyen facile d'échapper
momentanément à l'angoisse existentielle
; elle lève les inhibitions et détruit
les sublimations. Le stress est une réponse
naturelle de l'organisme pour faire face à
un stimulus nouveau qui l'agresse. Si l'on peut
agir sur ce mauvais stress, cette agression
physiologique et psychologique chez nos patientes,
le stress va disparaître. Le traitement
doit se faire sur le principe de base indispensable
d'une cure de sophrothérapie qui est
la reconnaissance par le malade de son intoxication
et le désir d'arrêter ce suicide.
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